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Jour 1 : Tokyo, we have a problem

1 février 2026

Je n'aime pas les aéroports

Je n’aime pas les aéroports. Je n’en ai pas une grande expérience mais les rares fois où j’ai pris l’avion ça a été une source de stress. Ce n’est pas tant l’avion, le décollage, l’atterrissage qui posent problème que tout ce qu’il y a avant.

 

File d’attente.

Contrôle de la valise de soute.

File d’attente.

Contrôle d’identité.

File d’attente.

Contrôle des sacs cabine.

File d’attente.

Contrôle des billets.

 

3 heures d’attentes et de contrôles. Je me sens comme une valise sur un tapis. Tout est fait pour te rappeler que quitter un pays n’est pas anodin. Tout est fait pour te rappeler que tu n’es pas si libre.

Apprendre à dormir dans un avion (ou presque)

Il est 12h30 lorsque l’avion décolle de Paris. Avant le départ, j’avais pris connaissance d’une technique censée limiter au maximum le jet-lag : se caler sur le fuseau horaire du pays d’arrivée dès l’instant où l’on s’installe dans l’avion. Dans mon cas, il était donc déjà 20h30 au Japon. La consigne était simple : dormir pendant la majeure partie du vol.

 

Sur le papier, l’idée paraît séduisante. En pratique, c’est une autre histoire. Entre les turbulences et un siège peu coopératif, dormir dans un avion tient davantage de l’exercice de volonté que du repos véritable. Les heures s’étirent, le corps flotte, l’esprit aussi.

Un petit pas pour l'homme

C’est dans l’état mental d’un astronaute en apesanteur que je pose enfin le pied sur le sol japonais. Un petit pas pour l’homme, mais un grand pour moi-même.

 

Je passe le service d’immigration, qui me remet ma carte de résident, sésame me permettant de rester un an au Japon. Je la glisse précieusement dans mon portefeuille et poursuis mon chemin en direction de ma valise bleu nuit, en orbite sur le tapis roulant.

 

J’effectue une manœuvre d’approche qui ferait pleurer Neil Armstrong, puis m’empare de mon énorme valise, qui me semble flotter elle aussi. Tout semble plus léger quand le plus dur est fait.

Cap sur Tokyo

Je suis au terminal 1 de l’aéroport de Narita. Mon hôtel se trouve près de la station Minami-Senju ; il me faut donc emprunter le Skyliner, opéré par la Keisei Electric Railway.

 

Ce train rapide relie l’aéroport de Narita à Tokyo en une quarantaine de minutes. À Nippori, une correspondance m’attend : la ligne Jōban (JR), qui, après trois arrêts seulement, me déposera enfin à bon port.

Grâce à Internet (et sans code promo)

Si je sais tout ça, c’est grâce à Internet. Et c’est précisément à ce moment de l’article que j’aurais pu vous proposer un code promotion pour la meilleure eSIM du marché, puis vous expliquer que, grâce à ma carte bancaire révolutionnaire, je n’ai absolument aucun frais à l’étranger.Mais rassurez-vous : ce paragraphe est non seulement inutile, mais en plus il n’influence en rien votre jugement.

Premier japonais approximatif

Je prends donc mon billet au guichet, parce que rien ne vaut le contact humain — surtout quand il y a moins de queue qu’aux bornes automatiques. Et puis, c’est l’occasion rêvée de pratiquer un peu mon japonais.

 

Le guichetier me demande : « Where do you want to go? »

Je réponds : « Aïe ouante tou go tou ze Nippori stasheune plize. »

On repassera pour le japonais. Mais c’est non sans une certaine émotion que je lâche mon tout premier « arigato gozaimasu » (traduction : Merci).

Face contre paume

Je monte dans le train qui démarre. Un contrôleur passe, je m’empresse de trouver mon ticket. j’ouvre mon sac banane, je regarde à l’intérieur et tout ce que je peux admirer est le vide de mon existence.

 

Mon ticket.

Mon portefeuille.

Absents.

Ma paume.

Mon visage.

Littéralement.

Tokyo, we have a problem!

À partir de là, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle.

 

La bonne, c’est que le contrôleur ne faisait que passer. Il ne vérifie pas les billets. J’esquive donc l’amende. Ouf. La mauvaise, c’est que je ne sais absolument pas où est mon portefeuille. Et que je suis totalement impuissant.

 

Il ne me reste qu’une chose à faire : rejouer la scène en boucle dans ma tête. Moi, lâchant fièrement mon arigato gozaimasu, puis oubliant bêtement mon portefeuille au guichet. Difficile d’imaginer meilleur début pour mon aventure nippone.

Une notification salvatrice

Et puis, une notification s’affiche sur mon téléphone. J’avais oublié ce détail, mais j’avais glissé une balise GPS dans mon portefeuille. Au cas où (merci Henri !). Et là, sans appel, mon téléphone m’indique sa dernière position : l’aéroport

Nippori → Narita → Nippori

Me voilà grandement rassuré. Je ne suis plus dans l’inconnu : mon portefeuille n’a pas disparu dans un trou noir. Il me faudra simplement retourner à l’aéroport. Mon train s’arrête à Nippori. Je descends sur le quai et, un peu perdu, je cherche quelqu’un de la Keisei à qui parler. J’en repère une, qui m’indique d’aller au guichet un peu plus loin.

 

Arrivé devant le guichet, je montre simplement mon téléphone, avec la carte affichant la position de mon portefeuille, encore bloquée à l’aéroport. Puis je lâche, dans un japonais aussi hésitant que volontaire :

 

« Watashi no saifu wa asoko desu! »

 

Le guichetier regarde l’écran, acquiesce, décroche son téléphone. Quelques phrases plus tard, le verdict tombe : l’aéroport confirme que mon portefeuille est en lieu sûr.

 

Il me faut donc retourner à l’aéroport. Je me dirige vers une borne pour acheter un billet… avant de réaliser l’évidence : je n’ai plus de portefeuille.

 

Ma paume.

Mon visage.

 

Heureusement, cette fois, l’éclair de lucidité arrive assez vite. Je me souviens que j’ai anticipé ce scénario avant le départ. J’avais installé une carte Suica sur mon téléphone. La Suica, c’est une carte de transport japonaise sur laquelle on charge de l’argent et qui permet de passer les portiques sans avoir à acheter de ticket. Un simple bip, et ça passe.

Pasquier je le vaux bien

Je vous passe les détails de la suite mais à l’aéroport je récupère bien mon portefeuille. Enfin ! Dans le train, de retour à Tokyo, j’écoute ce morceau : 相対性理論 – スマトラ警備隊.

 

 

Les paroles y sont chaotiques entre dinosaures, complots et gameboy, rien n’a trop de sens. Moi, je suis comme cet astronaute planant dans l’espace loin de sa maison, je mange un beignet Pasquier goût choco-noisette, dernier lien avec la France et me laisse porter vers l’inconnu.

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