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Henri, de l'AS Faourette

10 janvier 2026

Écusson de l’AS Faourette Toulouse

Mon premier contact avec la culture japonaise, ça a probablement été Pokémon, au début des années 2000. Je me revois très bien un été dans les Pyrénées : une tempête dehors, moi planqué dans la tente du camping, bien au chaud, à jouer à Pokémon Version Rouge sur ma Game Boy Color. Je me souviens avoir attrapé un Pikachu dans la forêt de Jade. Au même moment, le réel m’agrippe : la foudre d’abord, le vent ensuite, puis la tente qui part en vrille tandis que mes parents s’affairent à plier camp en urgence.

Capture d'écran de pokémon Rouge illustrant la rencontre d'un Pikachu dans la forêt de Jade

Ce coup de foudre n’a rien d’anodin. À 7 ans, la vie est simple : la mienne se résumait à jouer au foot dans le quartier et à l’AS Faourette, mon premier club, et à enchainer les parties de Pokémon — Rouge, Or, Saphir puis Émeraude — à la maison. On est façonnés par des images fortes. Pour le foot, c’était la reprise de volée de Zidane en finale de la Ligue des champions contre le Bayer Leverkusen. Et pour Pokémon, c’était ce Pikachu attrapé sous la foudre, quelque part dans les Pyrénées.

Photo de Zidane effectuant une reprise de volée contre le Bayer Leverkusen.

À cette époque, il y avait aussi les forums sur Internet, et je traînais sur tous les sites Pokémon possibles, à la recherche des meilleures astuces. C’est là que j’ai appris que Pokémon était japonais, qu’il existait des épisodes de l’anime censurés en Europe parce que Pikachu — encore lui — avait provoqué des crises d’épilepsie à cause d’attaques Tonnerre un peu trop intenses. Un simple revers de la médaille, puisque ces chanceux de Japonais allaient pouvoir jouer à Pokémon Diamant et Perle avant nous autres, petits Européens. C’est en voyant ces caractères illisibles sur les captures d’écran que j’ai compris à quel point ce pays était loin, différent, et que mon envie de le comprendre ne faisait que se renforcer.

Capture d'écran de pokemon Diamant/Perle avec du japonais écrit dessus.

Et puis le temps passe, et arrive le lycée, où j’ai eu la chance d’apprendre le japonais pendant trois ans, à travers le manuel Shin Nihongo no Kiso et grâce à une prof qui enseignait la langue, mais aussi la sociologie du pays. Pas de quoi y vivre, clairement, mais juste assez pour comprendre à quel point une langue peut façonner un esprit. Je ne parle pas assez bien japonais pour en faire une analyse poussée, mais le ressenti que j’en ai, c’est celui d’une langue efficace, avec peu de fioritures à première vue, mais terriblement complexe dès qu’on gratte un peu. Une langue où il existe mille façons de dire la même chose selon le rapport hiérarchique, la situation ou la place que l’on occupe dans la société.

 

C’est aussi une langue pleine de non-dits, qui repose énormément sur le contexte et sur la capacité à comprendre l’autre. Une langue qui distingue visuellement les mots japonais des mots d’emprunt dans sa façon de les écrire. Une langue faite de nuances, et c’est précisément ça qui sans idéaliser attise ma curiosité pour ce pays.

Manuel de Japonais : Shin Nihongo no Kiso

Arrivent les études, et mon intérêt pour le Japon reste bien présent. À cette époque, je rêve de créer des jeux vidéo et, pourquoi pas, de travailler pour Nintendo. Je sais que ce n’est qu’un doux rêve, alors je garde les pieds sur terre.

 

Je commence aussi à m’intéresser au Programme Vacances-Travail (PVT), qui permet de découvrir un pays pendant un an. Pour le Japon, il est accessible jusqu’à l’âge de 30 ans, à condition de pouvoir justifier d’une certaine stabilité financière. Le hic, c’est que mes poches sont vides : étudiant boursier, je n’ai que de quoi vivre au jour le jour. Alors je m’efforce d’être le plus sérieux possible, dans l’espoir d’obtenir un travail correct, capable de me permettre d’économiser suffisamment avant ma “deadline” : la trentaine.

Mème d’un homme paniqué face à une tornade avec le texte « 30’s, here it comes »

J’apprends à développer, mais je décide rapidement de me spécialiser dans le web. En parallèle, je commence à entendre parler du fameux crunch dans les studios de jeux vidéo, et je n’ai aucune envie de sacrifier ma passion au travail. Je me mets même à me demander s’il est vraiment sain de lier travail et passion, de peur de la gâcher. Bref, le web me paraît plus tranquille, plus sécurisant… et finalement, plus raisonnable que le jeu vidéo. À la fin de mes cinq années d’études, j’entre donc dans la vie active avec un objectif clair : économiser suffisamment pour profiter de mon année de PVT au Japon, l’esprit tranquille.

 

J’obtiens un CDI dans une agence web à Paris, et tout se passe comme prévu. Mais paradoxalement, plus la trentaine approche, plus l’angoisse s’installe. Est-ce vraiment pertinent de quitter une stabilité certaine pour vivre une belle année… qui reste hypothétique ? Tout le monde m’encourage dans cette démarche et semble même un peu envieux. Je sais que j’ai la chance de pouvoir me créer cette opportunité, mais en même temps, je me sens comme un boxeur avant un combat. J’ai tout mis en œuvre pour que le voyage se passe bien, et pourtant je me mets volontairement dans une situation inconfortable, dont l’issue reste incertaine. Est-ce que j’en ai vraiment envie ? Est-ce vraiment pertinent ? La vérité c’est que je ne sais pas.

Buste de Socrate avec citation Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien.

À une époque, j’allais beaucoup au cinéma, souvent sans vraiment savoir quel film j’allais voir. Bon ou mauvais, peu m’importait : je savais au fond que ce que j’allais découvrir était le fruit d’une vision du monde, et que cette vision allait m’apporter quelque chose. J’ai décidé d’appliquer la même philosophie à mon voyage. Que ce soit bien ou non, ce n’est pas ça qui compte. Alors j’ai choisi de ne pas trop me poser de questions et de me lancer dans les démarches pour décrocher ce sacré PVT.

 

Me voilà à une semaine du départ, plein de questions, un peu stressé, un peu excité. Un contraste parfait avec ma vision du Japon. Dans une semaine, je serai à Tokyo. Je me suis préparé, mais je ne parle pas assez japonais pour me débrouiller facilement. Je n’ai pas voulu trop organiser le voyage non plus, pour ne pas être dans l’attente et me laisser surprendre. Petit, j’avais découvert la région de Kanto à travers les yeux de Sacha, du Bourg-Palette. Maintenant, c’est au tour d’Henri de l’AS Faourette.

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